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Au pays des
géants : fêtes et traditions
du Nord de la France
A
l’aube du XXIème siècle, se perpétue dans
notre
région et en Belgique, toute proche, la tradition des
fêtes
et carnavals accompagnés de géants costumés dont
l’origine remonte à la nuit des temps…
Ils sont près de 300 en Flandres et en Artois à
perpétuer l’association
entre le païen et le sacré, à l’occasion de
processions carnavalesques
burlesques et festives. A l’origine ces défilés
étaient liés aux
réjouissances du Mardi-Gras annonçant la fin de
l’hiver, avec
la déshibernation de l’ours et le retour à la vie.
Ce n’est pas par
hasard que Rabelais fait naître le célèbre
Gargantua, géant
glorifiant la fonction alimentaire, un 3 février, fête de
Saint-Blaise, dompteur d’animaux, bouvier sauvage mi-ours,
mi-homme, lié aussi à la lumière et aux flammes.
Blaise
aurait été associé au géant dont on
brûlait le mannequin
le soir du Mardi-Gras. En Artois, Gaston, autre nom de
l’évangélisateur
Vaast qui dompta l’ours, honoré le 5 février, se
rattache à son
tour au cycle carnavalesque.
La trace historique des géants
régionaux, (tel le chevalier Gayant
à Douai),
associés au carnaval remonte au XVIème siècle,
semble-t-il, mais on
peut penser qu’ils sont les
héritiers des « grandes carcasses
d’osier »
décrites par Jules César dans la Guerre des Gaules. Comme
substituts
de l’homme sauvage, primitivement sacrifiés par le feu sur
le bûcher,
en signe de purification, ils furent ensuite, par économie,
remplacés
par des pantins de paille et donc conservés et assimilés
à une corporation,
une paroisse,
un quartier, voire une ville. L’habitude se prit de défiler
en dehors des jours gras
(avant ou à mi-carême), lors des fêtes
commémoratives,
ce qui explique l’expression
insolite de carnavals d’été.
Comment expliquer encore aujourd’hui la fascination du public
pour ces figures surdimensionnées de 4 à 5 mètres
de haut ?.
Les spécialistes de la mythologie
vous diront que le géant
rassemble en lui les deux pulsions fondamentales ambivalentes
qui animent tout être humain : l’élan
créateur vers la verticalité
et la lumière
(impliquant à contrario l’angoisse de la chute),
et l’attirance irréversible vers
les profondeurs, le mystère
de la vie que représente le ventre du géant aux
rondeurs
maternelles…Il serait donc notre miroir, lié à la
condition humaine,
de fait, universel et de tous temps.
Des éclipses naturellement jalonnent cette histoire longue
de plusieurs siècles,
notamment au début du XXème siècle.
Actuellement un regain d’intérêt se manifeste autour
de
la Ronde des géants, en Flandre, associant les mannequins
confectionnés
en osier selon la tradition, mais, nouvelles
techniques obligent, la plupart sont à
présent réalisés en
métal , bois et résine et ne sont donc plus portés
mais poussés
sur roulettes ? C’est le cas dans le Pas de Calais, des
géants de
la région d’Arras, incarnant soit un
héros emblématique à
caractère historique, soit un personnage
typique par sa profession,
modeste souvent mais jadis représentative, tel le
maraîcher
Colas et sa femme Jacqueline. A Sainte Catherine lès Arras,
tout naturellement, l’effigie
choisie pour être un élément
fédérateur
des différentes associations et symboliser une
identité territoriale,
a été Dame Catherine, sous les traits d’une jeune
paysanne habillée
de vert et de jaune, couleurs dévolues à la sainte que
les jeunes filles
fêtent le 25 novembre. Bel exemple de
syncrétisme,
comme l’a d’ailleurs
été la démarche dès l’origine.
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